Vie en Ehpad

« Ici, c’était mon chez-moi » : les résidents et le personnel de l’Ehpad d’Urt déconcertés face à la décision de fermeture

Le contexte de la fermeture de l’Ehpad d’Urt : entre inquiétude et incompréhension

L’annonce de la fermeture prochaine de l’Ehpad d’Urt, baptisé « Les Hortensias », a plongé l’ensemble des résidents, des familles et du personnel dans la stupeur. Apprise tardivement, un vendredi soir de janvier, cette décision des autorités de tutelle, à savoir l’Agence régionale de santé (ARS) et le conseil départemental, a bouleversé le quotidien des 31 personnes âgées qui y résident actuellement. Alors que l’établissement dispose d’une capacité d’accueil de 55 lits, il s’est imposé au fil du temps comme un pilier pour de nombreuses familles du Pays Basque. Cette fermeture, motivée par des allégations de dysfonctionnements graves et persistants, suscite donc interrogations et questionnements légitimes chez toutes les parties prenantes.

Le choc est d’autant plus profond que l’établissement est décrit par certains proches comme chaleureux et bienveillant, en contraste avec les éléments pointés par l’ARS. Jérôme, venu accompagner sa mère lors d’une promenade, témoigne d’une expérience sans accrocs : « On a toujours eu une bonne écoute, c’était très bien. » Malgré le montant du loyer, oscillant entre 3 400 et 3 500 euros, considéré parmi les plus élevés de la région, les familles n’expriment aucune amertume visible envers le service reçu.

Pour le personnel et la direction, la justification des autorités, basée principalement sur des constats recueillis dès 2016 et actualisés lors d’inspections menées jusqu’en 2025, ne reflète plus la réalité du terrain. Iban Lavaud, directeur depuis plus d’un an, insiste sur la transformation de l’établissement, sur les efforts réalisés et sur l’obtention de « résultats très bons » selon un rapport de la Haute Autorité de Santé. Il déplore le manque de prise en compte de ces progrès et la persistance des reproches anciens.

D’un point de vue institutionnel, la décision reste rarissime. Jean Lacoste, conseiller départemental délégué à l’autonomie et médecin gérontologue, évoque la récurrence des manquements constatés lors d’une dizaine d’inspections, justifiant la sévérité de la réaction. Parmi les problèmes rapportés figurent des non-conformités majeures : sécurité incendie défaillante, locaux jugés insalubres, gestion inadaptée des médicaments et des substances toxiques. L’ensemble conduit à la désignation d’un administrateur provisoire, missionné pour orchestrer la fermeture et le relogement des résidents sous quatre mois.

Face à cette crise, il est utile d’observer de manière comparative d’autres situations similaires survenues récemment en France, à l’instar de celle de l’Ehpad de Saint-Gervais, où la fermeture a également suscité un émoi légitime au sein de la communauté locale. Voir à ce sujet ce témoignage bouleversant, qui rappelle combien l’attachement à un lieu de vie n’est jamais une question purement administrative mais touche l’intimité des personnes âgées et de leurs aidants.

Impact de la communication tardive et manque de transparence

L’absence de communication officielle, jusqu’à l’irruption médiatique et l’ouverture précipitée de l’établissement aux journalistes, renforce le sentiment de confusion. Les résidents, parfois peu mobiles, et leurs familles ont appris la nouvelle dans le désarroi, sans préparation ni accompagnement psychologique préalable.

Cette gestion de crise pose la question du respect de la dignité des personnes âgées, lesquelles se sentent bien souvent dépossédées de leur capacité à décider. Leur voix, pourtant centrale pour une transition respectueuse, semble trop fréquemment mise de côté dans les débats administratifs. Le personnel, confronté à l’incertitude professionnelle, partage cette détresse et redoute les répercussions pour sa stabilité d’emploi, son identité et son attachement aux résidents.

Pour finir sur ce premier point, ce dossier met en exergue la difficulté d’articuler exigences de sécurité et respect de l’humain, enjeu central du secteur du logement pour personnes âgées en France.

Vécu des résidents : de la perte du chez-soi à l’angoisse du relogement

Pour les personnes âgées institutionnalisées à l’Ehpad d’Urt, la notion de « chez-soi » revêt une signification particulière. Nombre d’entre elles résident dans l’établissement depuis de nombreuses années. Parmi elles, Danièle Caup, 83 ans, représentante des résidents et figure emblématique du lieu, incarne cette détresse : « Ici… c’était mon chez-moi… Où vais-je aller maintenant ? ». Son émotion, perceptible dans ses propos comme à travers les photos ornant son entrée de chambre, illustre ce qu’implique réellement la perte soudaine d’un lieu de vie longtemps investi.

Cette expérience, partagée par beaucoup, met en lumière le caractère traumatisant d’un déménagement forcé à un âge avancé. Le logement en Ehpad n’est pas un simple toit ou une adresse postale : c’est un territoire social, un espace d’habitudes et de repères, le creuset de relations intergénérationnelles et de solidarité entre résidents et salariés. L’attachement au personnel, jusqu’aux rituels du quotidien, est souvent cité par les pensionnaires interrogés. Ils s’inquiètent du sort de leurs aides-soignants, devenus des visages familiers, et craignent de rompre ce lien dans un environnement inconnu.

Le passage soudain d’une situation stable à l’incertitude totale génère un sentiment d’injustice et un profond stress psychologique. Pour la plupart, l’âge et la dépendance limitent aussi la possibilité de s’organiser ou de choisir activement une nouvelle résidence. L’absence d’anticipation de solution dans la communication amplifie la vulnérabilité de ces aînés face à la fermeture de leur Ehpad.

L’histoire de Danièle n’est pas isolée. Partout en France, comme l’illustre par exemple cet autre article, des voix s’élèvent pour alerter sur l’importance du maintien d’un « chez-soi » jusqu’au bout de la vie. Les fermetures non programmées, non concertées, provoquent des dommages bien réels pour le moral et la santé des résidents.

Répercussions sur les familles et sur la qualité d’accompagnement

Du côté des proches, le sentiment d’impuissance est tout aussi perceptible. Nombre d’enfants ou petits-enfants des résidents s’étaient organisés autour des contraintes de distance, de coût et de disponibilité pour maintenir des liens réguliers. L’obligation de trouver un nouvel établissement, potentiellement plus éloigné ou inadapté, est vécue comme un casse-tête logistique et moral.

Malgré les critiques institutionnelles, certains témoignages insistent sur la bienveillance du personnel, l’écoute et la qualité du climat relationnel au sein de « Les Hortensias ». Les familles redoutent que leurs aînés se retrouvent déstabilisés, isolés ou en perte de repères essentiels alors que le maintien du lien social, jusque dans la vieillesse, reste un levier reconnu du bien-être mental et corporel.

  • Perte des repères quotidiens
  • Incertitude sur le futur lieu de vie
  • Craintes concernant la qualité de l’accueil ailleurs
  • Soucis logistiques et administratifs
  • Attachement moral à l’équipe soignante

Ces préoccupations constituent la toile de fond de chaque fermeture d’Ehpad, soulignant le caractère profondément humain, et non seulement réglementaire, de ces décisions de rupture dans la trajectoire résidentielle des personnes âgées.

Les points de vue opposés sur la sécurité, la qualité et la gestion de l’Ehpad

L’une des grandes spécificités du dossier d’Urt est la divergence persistante entre les évaluations administratives et la perception du quotidien par le personnel ainsi que les familles. Les manquements incriminés par l’ARS sont nombreux et concernent à la fois la sécurité, la salubrité et les pratiques de soin : locaux vétustes, infiltrations et moisissures, absence de conformité incendie, mauvaise gestion de la chaîne du froid, non-respect des protocoles concernant les médicaments et substances toxiques… Ces points sont martelés dans les rapports issus d’une dizaine d’inspections successives, dont certaines antérieures à 2020.

Face à ce constat, la direction se bat pour défendre le travail réalisé et l’évolution positive de l’établissement depuis l’arrivée d’un nouveau directeur en 2024. Iban Lavaud insiste sur les transformations récentes et sur le travail minutieux effectué avec l’équipe, alléguant que nombre des reproches formulés étaient obsolètes ou exagérés. Selon lui, l’établissement a fourni, lors des dernières inspections d’avril et octobre 2025, plus de 230 pièces justificatives pour attester de la remise à niveau du lieu et de ses protocoles.

Le cas d’Urt n’est malheureusement pas isolé. D’autres Ehpad en France se retrouvent à la croisée des chemins, confrontés à la lourdeur administrative, à la difficulté de remise à niveau de bâtiments anciens, ou encore à l’évolution rapide des normes en matière de soins et de sécurité. Ainsi, on peut se demander dans quelle mesure les rapports d’inspection sont toujours capables de retranscrire fidèlement la réalité vécue entre les murs des établissements.

Les tensions autour des mesures correctives et du rôle des administrations

Cette divergence de perspectives donne lieu à un jeu de ping-pong administratif dans lequel les résidents se sentent parfois pris en otage. Malgré la mise sous administration provisoire dès 2022 et des engagements pris à chaque nouvelle inspection, il semble que les efforts déployés soient restés jugés insuffisants par les tutelles, qui relèvent systématiquement le retour des anciens dysfonctionnements après levée des mesures transitoires.

En parallèle, la direction regrette que les interventions d’huissiers, visant à démontrer la conformité des locaux et l’amélioration des pratiques, n’aient pas été retenues par l’ARS ou le département. Elle évoque même une volonté d’ouverture à un changement de gestionnaire, démarche qui n’a pas abouti, alimentant l’idée d’une fermeture décidée d’avance, quelles que soient les preuves présentées.

De cette lutte de perception naît un malaise profond, partagé par le personnel, qui se sent décrédibilisé malgré ses efforts, et par les résidents, dont l’avis pèse peu dans le débat aux yeux des décideurs institutionnels. Une problématique, là encore, récurrente dans bien des secteurs du logement adapté à la vieillesse.

Rôle et ressenti du personnel face à la fermeture de leur « chez-moi » professionnel

Le quotidien du personnel de l’Ehpad d’Urt a longtemps reposé sur l’idée de construire, pour les résidents, un lieu de vie équivalent à un véritable « chez-soi ». Cette mission, partagée par les aides-soignants, infirmières, salariés administratifs et agents d’entretien, prend aujourd’hui une tout autre couleur avec l’annonce de la fermeture. Tous se disent déconcertés par la rapidité de la décision, et témoignent d’un attachement profond à l’établissement et à ses pensionnaires.

L’un des axes de réflexion essentiels concerne l’identité du métier : travailler en Ehpad ne se limite pas à dispenser des soins ou à régler l’intendance. Le sens du métier se construit dans la durée, à travers l’écoute, la répétition des gestes du quotidien, la création d’un environnement familial. La fermeture d’un établissement entraîne non seulement la perte d’un emploi ou d’un poste, mais aussi d’un collectif, d’une culture propre et de repères souvent forgés sur plusieurs années.

Comme l’a rappelé le directeur dans ses échanges avec la presse, les équipes se disent « très fières du travail quotidien mené au sein de l’établissement ». L’emballement médiatique et la stigmatisation opérée par les rapports sont vécus comme une injustice, d’autant que certains membres du personnel se démènent chaque jour pour compenser les manques matériels ou pallier les difficultés structurelles, par sens du service et fidélité envers les résidents.

L’impact humain et professionnel d’une fermeture administrative

Le processus de fermeture génère inévitablement des angoisses professionnelles : que deviendront les membres de l’équipe, qui pour certains occupaient leur unique emploi sur le secteur ? Les mutations vers d’autres établissements ne s’organisent pas en un claquement de doigts, d’autant que le secteur de l’aide à la personne souffre déjà d’un manque de reconnaissance et de conditions d’exercice difficiles. Le moral des salariés, soumis à la pression du regard social et des doutes des familles, se fragilise.

Pour conserver ce qui fait « l’âme » d’un Ehpad, l’accompagnement du personnel lors d’une fermeture doit être pensé à la hauteur des enjeux : soutien psychologique, garanties de reclassement, écoute des attentes individuelles, prise en compte du rôle social de ces professionnels dans la commune. C’est là que la réalité du secteur du logement senior interroge les capacités de l’État comme des gestionnaires privés à garantir sécurité, qualité et continuité du service, en dépit des obstacles rencontrés.

Au final, le vécu des salariés de l’Ehpad d’Urt suggère que le modèle d’accompagnement en institution devra évoluer, en intégrant davantage le facteur relationnel et l’importance du maintien d’un « chez-moi » collectif pour les travailleurs de la filière vieillesse.

Quelles alternatives pour les résidents et le secteur des Ehpad après une fermeture ?

Au-delà de la seule émotion générée par la fermeture de l’Ehpad d’Urt, c’est la question de l’avenir des pensionnaires qui se pose avec acuité. En 2026, le secteur fait face à un vieillissement accéléré de la population, à une activité croissante des conseils départementaux pour garantir un hébergement adapté, mais aussi à la saturation des capacités d’accueil. Reloger 31 personnes âgées en quelques mois n’est pas une mince affaire, d’autant que chaque situation comporte ses spécificités médicales, psychologiques et familiales.

À cette difficulté concrète, s’ajoute la nécessité d’un accompagnement humain soigné lors de la transition d’un logement à un autre. L’annonce d’un administrateur provisoire chargé d’orchestrer ces départs et relogements doit s’accompagner d’une attention accrue aux besoins spécifiques (personnes en perte d’autonomie, couples, profils à pathologies multiples…). L’expérience montre que les ruptures d’habitude, chez les plus âgés, peuvent générer des risques importants de décompensation, de repli sur soi, voire d’accélération de la dépendance.

Au niveau national, des exemples similaires de fermetures, tels ceux recensés dans d’autres régions, ont ouvert un large débat sur la gestion et la modernisation des structures d’accueil. Ainsi, l’expérience de la fermeture d’un Ehpad à Rue illustre la nécessité de placer l’humain, la bienveillance et l’écoute au cœur des dispositifs de relogement et de transition.

Pistes et recommandations pour la transition des personnes âgées

Certains principes peuvent guider les équipes en charge du relogement :

  • Anticiper au maximum la recherche de nouveaux établissements adaptés
  • Informer et impliquer les familles dans chaque étape de la démarche
  • Prévoir un accompagnement psychologique lors du déménagement
  • Prendre en compte la volonté des résidents pour préserver le sentiment d’un « chez-moi »
  • Garantir la continuité des soins et des suivis médicaux

Le secteur du logement senior doit tirer de cette expérience la leçon d’une plus grande flexibilité, mais aussi d’une solidarité accrue, au sein d’un tissu territorial qui doit demeurer protecteur alors que la vieillesse comporte de nouvelles fragilités. Cette dynamique d’adaptation sera sans doute la clef pour que le mot « chez-moi » retrouve, pour chaque résident, tout son sens, y compris face aux aléas d’un secteur en perpétuelle évolution.

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